Retour sur l’édition 2017 : « Des(Ordres) amour(eux) » par Marie Hélène Fraïssé, directrice des rencontres littéraires

Par Alexandra LEBLOND, 29 juin 2017

Torrides rencontres, cette année ! Température moyenne 30°. Les deux tentes blanches qui abritaient nos conversations évoquaient un bivouac saharien mystérieusement dressé dans l’enceinte Grand Siècle de la cour de Flore reconvertie en oasis. Un recoin ombreux abritait Eros tenant la main d’Agapé, sa douce compagne du temps partagé.

Chacun revisitait secrètement, en son for intérieur, ses désirs, ses amours enfuies, ses éblouissements. Plaisir des mots dits, des mots chuchotés, des secrets dévoilés, des peines dénouées. Un regard, un geste, et voilà que les coeurs battent la chamade comme jamais…

Belle et émouvante soirée d’ouverture avec Antoine Compagnon, l’immense connaisseur de la haute littérature d’hier, rouvrant pour nous le livre d’or des grands classiques, démontrant avec fougue – et humour – combien Proust, Flaubert, Stendhal nous sont précieux et…contemporains. Puis ce fut le tour de Marie Darrieussecq, voix précise, tendre, contenue, convoquant ses personnages, en quête d’une plénitude toujours à inventer. Marie discrète, exigeante, subtile lectrice de ses propres écrits.

Par ce temps d’‘orages désirés une superbe série de coups de foudre a grondé : ceux qui changent le cours d’une existence (Philippe Besson); ceux que l’Histoire retient dans ses mailles (racontés subtilement par Jean-Claude Bologne); ceux dont on ne guérit pas et qui lentement vous détruisent du dedans (Violaine Bérot); ceux que menace d’éteindre à petit feu la vie de couple, dont Philippe Brenot et Jean-Claude Kaufmann signalent cependant les étonnantes ressources…

On a souri des émois adolescents et plus que prometteurs de Line Papin, d’Arnaud Cathrine, de Claire Castillon, de la belle sérénité de la (désormais) sage Brigitte Lahaie et des jeux de masques savants de Camille Laurens, tandis que le philosophe François Jullien nous guidait vers l’intime, « loin du bruyant amour ». Moments d’échanges, de rire, d’émotion, auxquels la parole des poètes a mis un point d’orgue, à la fraîche, dimanche soir, sous le signe des éternels commencements :

J’attends celui qui le premier

Me comprendra enfin

Et tirera à bout portant (Marina Tsvétaïeva)