En dialogue avec Marie-Hélène Fraissé, conseillère littéraire de Clameur(s)

Il y a bien du monde dans les mondes de Pascal Quignard, au fil des chemins singuliers qu’il emprunte à travers l’histoire antique, la philosophie, les contes. Dans cette aventure de la pensée et du sensible, pleine de merveilles et d’effroi, il ne cesse de scruter les formes, les figures, les couleurs, interrogeant son propre regard, celui des artistes, leurs gestes, leur usage de l’espace, de la lumière, leurs images manquantes. Avec certains d’entre eux il a noué un lien vital. L’Enfant d’Ingolstadt, tome X de la série « Dernier Royaume » – accueillie par un prix Goncourt en 2002 – est dédié à ces troublantes rencontres. Michel-Ange y côtoie Jean Rustin, l’ami peintre disparu avec lequel Pascal Quignard partageait d’inoubliables duos pour cordes (Rustin au violon et lui au violoncelle). Car la musique est son autre vibrante passion. Et c’est au piano qu’ il ponctuera par quelques pièces modernes, baroques, classiques, nos échanges et lectures de ses textes. Un moment d’exception à ne manquer sous aucun prétexte.

« Michel-Ange s’exécute, s’agenouille, amasse entre ses bras la neige silencieuse, la dresse de ses mains, travaille toute la journée. Puis y consacre toute la nuit. Il appelle le duc à l’aurore. C’est sa plus belle oeuvre. Ils la regardent tous deux s’anéantir dans le soleil de l’aube qui monte. »


Pascal Quignard, L’enfant d’Ingolstadt, Grasset, 2018