Rencontre avec Jérôme Deliry et Pierre Jourde, animée par Tewfik Hakem.

La première question a porté sur la position de l’écrivain par rapport à son livre : est-il en dehors ou en dedans ? Quelle est la part de fiction et la part de réalité dans leurs ouvrages ? Pour les deux écrivains, il y a toujours un mélange des deux, mais quand on parle des autres, il faut les respecter, respecter leur intimité. La littérature n’a pas tous les droits, car parler des autres, c’est une façon de prendre le pouvoir sur eux, de les chosifier et donc la littérature, pour Pierre Jourde en particulier, est intrinsèquement immorale.
Jérôme Deliry, qui a écrit aussi des romans historiques, part de la réalité, mais ne peut pas s’empêcher d’inventer et de mélanger fiction et réalité tout en respectant les faits historiques avérés. Il fait suivre ses romans de notes pour expliquer cela.
On a parlé ensuite de la responsabilité de l’auteur. Il ne peut pas s’affranchir de toutes les règles : il est à la fois un artiste, mais doit être aussi un homme de conscience. Tous les deux se sont volontairement auto-censurés pour ne pas aller trop loin dans l’intimité de leurs personnages, qui étaient aussi des personnes réelles. Pierre Jourde a voulu écrire l’éloge lyrique des paysans de son village, montrant leur héroïsme, le tragique de leur vie, les dérives qu’il s’ensuit. Il y a eu un malentendu, il n’a pas été compris. Jérôme Déliry a également respecté une certaine intimité de sa famille.
Pierre Jourde a parlé du poids des secrets de famille dans ces villages où « tout le monde est au courant », sauf la personne concernée, lui en l’occurrence. Ils ont également abordé le sujet du traitement des faits divers par les medias qui « fictionnent » la réalité pour vendre.
En résumé, cette rencontre était très intéressante. Plusieurs auditeurs sont intervenus. L’animateur a essayé d’équilibrer la discussion entre les deux auteurs. Jérôme Déliry est quelqu’un de très sympathique, qui paraît très ouvert et généreux, quand Pierre Jourde m’a semblé doué d’une faculté d’analyse très forte et d’une grande finesse dans ses jugements.
Marie-France